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Ramana Maharshi (1879-1950 Tamil Nadu, sud de l’Inde), est l’un des rares vrais sages de l’Inde du XXème siècle qui soit connu en occident. Ramana fut sans conteste un être de lumière, manifestant une réalisation intense et rayonnant la réalité vivante du vedanta. Ramana, que l’on appelait communément Bhagavan, n’écrivait presque jamais (il enseignait par le silence), mais certains de ses disciples – indiens et occidentaux – ont recueilli des causeries où il explique longuement ce qu’est la réalisation. Il conseillait la méthode de l’Investigation du Soi (Atma Vichara) : ramener tous les problèmes et toutes les alternatives à la question fondamentale « qui suis-je ? » Ce qu’il faut trouver, c’est le soi, le « je » absolu, la racine de tout. Lorsqu’il est réalisé, toutes les manifestations extérieures s’évanouissent, ces dernières n’étant que de simples projections du mental. Ramana a parlé à plusieurs reprises de la Kundalini et des chakras en détail, et s’il disait parfois qu’il ne fallait pas s’y arrêter, c’est parce que le temps n’était pas venu. 

Questions-Réponses

D – Comment puis-je discipliner mon esprit ?

M – Aucun esprit n’est à discipliner, si l’on réalise le Soi. Le Soi resplendit lorsque le mental disparaît. Le mental d’un être réalisé peut être actif ou inactif, chez lui le Soi existe seul. Car le mental, le corps, et le monde ne sont pas séparés du Soi. Ils ne peuvent demeurer en dehors du Soi. Pourraient-ils être quelque chose d’autre que le Soi ? Lorsqu’on en est conscient, lorsqu’on a compris cette vérité, pourquoi se tourmenter de ces ombres vaines ? Comment pourraient-elles affecter le Soi ?

D – Mais si le mental n’est qu’une ombre, comment fera-t-on pour connaître le Soi ?

M – Le Soi, c’est le Coeur, qui brille de sa propre lumière. L’illumination vient du Coeur et se rend au cerveau, siège du mental. On voit le monde avec le mental, donc par la lumière réfléchie du Soi. Le monde se perçoit par un acte du mental. Lorsque ce dernier est illuminé, il est conscient du monde; lorsqu’au contraire il est dans la nuit, il n’a connaissance de rien.

Si l’on dirige le mental vers l’intérieur, vers la source de l’illumination, la connaissance objective cesse et le Soi brille seul dans le Coeur.

Lorsqu’il fait sombre, on a besoin d’une lampe pour s’éclairer. Mais quand le soleil est levé, toute lampe devient inutile, car les objets sont visibles. Pour voir le soleil, aucune lampe n’est nécessaire, il suffit de diriger le regard vers l’astre lumineux du jour. De même, pour voir les objets, la lumière que le mental réfléchi est nécessaire. Pour voir le Coeur, il suffit que notre esprit se dirige vers lui. Alors le mental ne compte plus et le Coeur brille seul, de sa propre lumière.

La méditation est votre vraie nature. Vous l’appelez en ce moment méditation, parce que des pensées étrangères vous distraient. Mais lorsqu’elles sont expulsées, vous demeurez seul – c’est-à-dire, dans l’état de méditation, délivré de toutes pensées. C’est votre véritable nature, que vous essayez actuellement d’acquérir, en éliminant d’autres pensées. Cette élimination des pensées adventices, vous l’appelez méditation. Mais lorsque la pratique s’établit enfin sur des bases solides, la nature réelle se déploie, et l’on découvre qu’elle est la vraie méditation.

Le samadhi (1) seul peut mettre à jour la vérité. Les pensées jettent un voile sur la réalité et empêchent la vérité de se révéler.

Dans le samadhi il n’y a plus de pensées, il n’y a que le sentiment de « Je suis ». L’expérience de « Je suis » est « être dans un calme absolu ».

D – Est-ce que la jiva-nadi (2) est une entité réelle ou bien une pure création de l’imagination ?

M. Les yogins affirment qu’il existe une nadi dénommée jiva-nadi, atma-nadi ou para-nadi. Les Upanishads mentionnent un centre d’où s’élancent des milliers de nadis. Certaines écoles localisent ce centre dans le cerveau, d’autres en diverses parties du corps. La Garbha Upanishad décrit la formation du foetus et la croissance de l’enfant dans le sein de sa mère. L’individualité ou jiva vient habiter l’enfant au septième mois de sa conception, en passant par la fontanelle. Le jiva vient donc de l’au-delà, entre dans le corps par la fontanelle et agit par l’intermédiaire de milliers de nerfs subtils (nadis) répandus dans tout l’organisme. C’est pourquoi le chercheur de vérité doit se concentrer sur le sahasrara, le lotus aux mille pétales, c’est-à-dire le cerveau, pour regagner sa source. Il est recommandé de recourir au pranayama pour réveiller la kundalini-shakti qui gît endormie, lovée telle un serpent, dans le muladhara. La shakti remonte le long du corps en empruntant un nerf subtil dénommé sushumna, qui est enfermé à l’intérieur de la moelle épinière et qui remonte jusqu’au cerveau.

Si la concentration est effectuée sur le sahasrara, il n’y a aucun doute que l’extase du samadhi s’ensuivra. Mais les vasanas (pulsions, désirs) ne sont pas encore détruites. Par conséquent, le yogi est contraint de sortir de son samadhi et de se replonger dans la dualité, étant donné que ses samskaras (limitations) n’ont pas encore été détruites. Il doit donc s’efforcer d’extirper complètement ses vasanas, afin que la pression de ces dernières ne l’oblige plus à sortir de la paix du samadhi. C’est alors qu’il descend du sahasrara jusqu’au coeur, en empruntant la jiva-nadi qui n’est que la prolongation de la sushumna. Celle-ci est donc incurvée à son extrémité. Elle part du muladhara, s’élève le long de la colonne vertébrale jusqu’au cerveau et de là se recourbe pour descendre et se terminer dans le coeur. Quand le yogi a atteint le coeur, son samadhi devient permanent. Nous voyons donc que le coeur est le centre final.