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Kabir (1440 – 1518) fut le plus grand des poètes mystiques du nord de l’Inde. Nous connaissons très peu de choses de sa vie, sinon qu’il fut un tisserant d’humble origine, et vécu à Bénarès, la ville sainte des hindous. Kabir eût pour guru Ramananda, un des grands réformateurs de son siècle. Il élabora une oeuvre poétique impressionnante, écrite en Hindi. Kabir tenta de réconcilier les communautés hindou et musulmane, récusa les attitudes partisanes, les écritures, et dénonça l’exhibitionnisme des (faux) dévots. Pour lui, il n’existe de révélation qu’intérieure ; la seule source de connaissance religieuse est l’expérience personnelle, qui permet de dépasser toute dualité illusoire et de connaître l’être, qui est pure spontanéité et pure béatitude. Kabir est resté jusqu’à nos jours le plus populaire maître spirituel de l’Inde.

CVII

A quoi bon étudier, à quoi bon réfléchir,

A quoi bon écouter chanter les Écritures ?

A quoi bon lire et écouter ?

Si l’on n’a pas fait l’Expérience de l’Absolu ?

Si tu n’invoques pas le Nom de Hari(1), ô stupide,

A quoi bon te perdre en réflexions ?

Dans l’obscurité, il faut une lampe,

Afin d’apercevoir la Chose unique, invisible,

Cette Chose invisible, je l’ai trouvée,

Car la lampe est cachée en mon corps même !

Dit Kabir, désormais, je Le connais,

Et Le connaissant, j’ai trouvé la paix,

Mais les gens ne croient pas à mon bonheur,

Et s’ils n’y croient pas, qu’y faire ?

(S. K. sorathi 7.)

IV

Ne va pas au jardin de fleurs!

O ami, n’y va pas-

En toi est le jardin de fleurs.

Demeure sur le lotus aux mille pétales et là contemple l’Infinie Beauté.

L

Dans le Lac du corps fleurit un Lotus merveilleux,

Où demeure la Lumière suprême, l’Absolu sans-limites et sans formes :

O esprit, renonce à l’erreur, adore Hari, Ram, la Vie du monde.

En ce monde, on ne voit rien venir, on ne voit rien partir :

Là où les corps apparaissent, ils disparaissent, comme les feuilles du lotus!

Comprenez la fausseté de ce monde, rejetez-le et méditez sur l’Absolu :

Dit Kabir : servez le Seigneur Dieu qui demeure en vous !

(S. K. bilâval 10.)

LVI

Il est le vrai Saint celui qui peut révéler à des yeux humains la forme de l’Informe.

Il est vrai Saint celui qui enseigne le simple chemin qu’il faut suivre pour L’atteindre sans s’occuper de rites et de cérémonies.

Il est le vrai Saint celui qui ne te fait ni fermer les portes, ni retenir ton souffle, ni renoncer au monde ;

Celui qui te fait voir l’Esprit Suprême partout où il y a de l’intelligence ;

Qui t’enseigne à rester calme au milieu de ton activité.

A jamais immergé dans la félicité, n’ayant aucune crainte dans son coeur, le Saint conserve, au milieu des plaisirs, l’harmonie de sa vie.

L’infinie présence de l’Être infini est partout : dans la terre, dans l’eau, dans le ciel, dans l’air.

Aussi ferme que le tonnerre, le siège du chercheur est établi au-dessus du vide de l’espace.

Celui qui est à l’intérieur est à l’extérieur.

Je le vois Lui et aucun autre.

Ma langue ne prononce plus de paroles impures ; jour et nuit elle chante Ses louanges.

Debout ou assis, je ne puis l’oublier, car le rythme de Sa chanson bat à nos oreilles.

Kabir dit : « Mon coeur est embrasé d’une joie frénétique et je découvre tous les mystères cachés dans mon âme.

Je suis immergé dans une immense félicité qui surpasse toute joie et toute douleur. »

(1) Hari : nom populaire de Vishnu ; Ram : ou Rama, septième incarnation de Vishnu

Ouvrage:

  • Au cabaret de l’amour, Ed. Gallimard, connais. de l’orient
  • La Fugitive + poèmes de Kabir (Traduits par R. Tagore)